La médecine du Moyen Age doit retourner d’où elle vient.

Je me souviens avec précision de la première fois que j’ai lu sur le forum E-carabin les premières déclarations d’étudiants en médecine faisant état d’examens vaginaux/rectaux réalisés sans consentement sur des patient-e-s anesthésié-e-s. Ecoeurement, colère, indignation, j’avais gagné une bonne insomnie: Comment celles et ceux entre les mains de qui je remettais ma vie pouvaient se permettre de profaner ainsi mon corps inconscient? Suffisait-il qu’ils jettent sur moi l’immensité verte des champs chirurgicaux pour transformer mon être en un vulgaire tas de chairs et de miasmes, moins qu’un mannequin d’entraînement dont on respecterait (au moins!) le coût exorbitant?

C’est de cette colère et de cette indignation que tremblaient mes mains lorsque j’ai écrit ce tweet, qui devait ouvrir la voie à la mobilisation #TVsousAG contre la réalisation des touchers vaginaux à but de formation des médecins sans consentement des patients.

Près d’un an après, les résultats sont considérables, au delà de tout ce que nous aurions pu espérer au moment où est parue la tribune que j’ai cosigné avec Clara De Bort et Marie Hélène Lahaye. Des milliers de personnes indignées, des dizaines d’articles de presse consacrés au sujet, plusieurs documentaires, des enquêtes montrant qu’il ne s’agissait en rien d’une pratique anecdotique, une pétition réunissant plus de 7000 personnes. La semaine dernière, la Ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé les premières mesures visant à lutter activement contre cette pratique scandaleuse, bien résolue à y mettre un terme.

Pour autant, chaque fois que nous nous plongeons dans les réactions d’une quantité de médecins qui s’expriment sur les réseaux sociaux , il nous semble que le chemin à parcourir est toujours considérable.

On me dit que notre combat salit l’image de la médecine, je réponds que ce sont ces médecins irrespectueux qui la salissent.

On me dit que notre combat oublie les médecins bienveillants, qui sont eux-mêmes chaque jour exposés à cette violence, je leur dis que ce sont eux (et leur action, et l’espoir qui nous ont donné) qui nous permis de crier l’inadmissible.

On me dit que les commentaires sur Internet peuvent avoir été écrit par n’importe qui, que je ne prends que des exemples qui accablent la profession, je vous réponds lisez ceci

Ceci, c’est le texte d’une médecin, ordinaire, qui assume ses propos en son nom, et revendique haut et fort la pratique des touchers intimes sans consentement. Je l’ai choisi car à lui seul, il regroupe tout ce que nous avons entendu depuis des mois, tout ce à quoi nous avons patiemment répondu, tout ce que nous avons combattu. Voici ses arguments:

1- Nous ne faisons pas ça par plaisir car en réalité votre corps nous dégoûte. 

“Aller fourrer ton doigt dans l’intérieur d’une personne que tu ne connais pas, pour y sentir ou palper quelque chose que tu ne connais pas non plus, c’est une situation qu’on recherche frénétiquement à éviter le plus possible dans ses jeunes années d’études”

Votre plaisir ou déplaisir ne nous regarde pas! Si nous vous dégoûtons, changez de métier! Je refuse d’avoir honte de posséder une vulve, ou un anus. Détestez nous si cela vous chante, mais respectez-nous, toujours, inconditionnellement! 

2- Nous mentons pour le bien des gens.

“Il est vrai que c’est là alors l’occasion de ressentir la dureté d’une tumeur, son adhérence aux organes adjacents, sa fixité, et le sang qui se trouve sur tes doigts au retrait.  En gros, c’est pas une sensation géniale du tout. Par contre elle est relativement inoubliable, et s’apprend en quelques clics de doigts.  Et tout ceci sans ennuyer le ou la patiente, puisqu’il vient d’être endormi par l’anesthésiste en vue de son intervention.”

“Quelle vérité expliquer au malade?  Imaginez un instant un jeune médecin  en formation s’adressant ainsi à un patient : bonjour Monsieur, bonjour Madame, en fait on sait que vous avez un cancer du rectum, et moi j’ai besoin d’apprendre, donc si vous voulez bien est-ce que je peux vous refaire le toucher rectal, juste pour sentir comment est une tumeur, parce que moi il faut que je sache pour la prochaine fois, quand je serai un grand docteur tout seul dans mon cabinet”

“Quand le malade est éveillé, et consentant au toucher, la plupart du temps, il n’a pas conscience que le jeune médecin l’examine, non pour établir un diagnostic, mais pour apprendre.”

Vous vous croyez forts parce que vous parlez sans trembler de cancer, du désespoir des gens qui se savent condamnés, de la puanteur de la mort, et de son obscénité. Vous vous croyez si forts que vous nous tenez dans l’ignorance, que vous bafouez notre statut de personne et notre droit au respect. De quoi croyez-vous nous protéger lorsque vous nous mentez? De la vérité? Ou de votre propre lâcheté?

3- Pour nous un nez, c’est comme un vagin. C’est vous qui êtes des pervers-es.

“Pour un médecin, l’intérieur, ce n’est pas différent de l’extérieur. Un orifice interne s’explore aussi naturellement que la peau, que la bouche, que le nez. […]Étant donné que nous touchons l’extérieur et l’intérieur des patients, on peut nous accuser de tout un tas de choses fantasmatiques. Mais nous ne fantasmons pas. En revanche l’interprétation qui est faite de nos gestes pose problème.”

Pour vous, peut être; pour nous NON. Votre vérité, votre vécu, n’est pas plus légitime que le nôtre. Si JE me sens agressée, TU dois changer ton comportement. Si JE me sens violée, TU dois arrêter. Si JE dis NON, TU dois me respecter.

4- Nous sommes des être supérieurs, vous nous devez soumission.

“Notre métier, le seul au monde, nous autorise à toucher autrui nu, et pour bien faire, nous devons absolument éduquer notre toucher.”

“Ce geste réalisé par un étudiant en médecine juste pour apprendre peut paraître agressif dans tous les cas, que le patient dorme ou non. Mais il peut aussi sauver des vies…”

Ce n’est pas votre “métier” qui vous autorise à me toucher nue, mais MOI seule. Comment pouvez-vous prétendre sauver ma vie alors que vous me mentez, vous me menacez, vous me déniez, vous me profanez et m’insultez.

Ma vie vaudrait-elle plus que mon existence?

La mobilisation continue, la bienveillance des médecins que j’ai eu la chance de rencontrer m’accompagne, ma colère accumulée auprès des nombreuses confidences que nous avons recueillies aussi, plus que jamais, je vous invite à faire entendre votre voix.

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2 thoughts on “La médecine du Moyen Age doit retourner d’où elle vient.

  1. Agrippine says:

    Il n’y a pas que les gestes, le toucher du médecin qui est humiliant. Le regard peut aussi être dévastateur.
    A l’âge de 20 ans, j’avais de l’acné, je suis allée consulter dans le service de dermatologie de l’hôpital saint Louis à Paris. J’ai dû me présenter nue, à la sortie d’une cabine de déshabillage , debout devant un médecin et 5 ou 6 étudiants qui avaient 2 ou 3 ans de plus que moi.
    Le souvenir me marque encore 40 ans après. J’espère que les pratiques ont changé.

  2. CSP says:

    article r.4127-35 Du CSP
    un pronostic fatal ne doit être révélé qu’avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite.

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