Nous sommes des menteuses de mères en filles.

Le burn-out maternel est le mal du siècle, nous disent les journaux. Les mères sont de plus en plus fatiguées, épuisées, au bout du rouleau. Tout le monde le sait. Ce sont vos amies, vos soeurs, vos cousines, vos mères, vos collègues de travail. Personne ne bouge. “Mais les hommes aussi sont touchés” me dit-on. Ah oui? Vraiment? Les 3% qui prennent un congé parental? Et le pire c’est qu’on est CONTENT que des hommes soient touchés, parce que ça veut dire qu’on AVANCE dans la répartition des tâches. Non mais vous vous rendez compte??? On finit par SOUHAITER que des types soient mal, au bord de la dépression, à pleurer chaque jour de leur vie ou presque parce que ce serait signe de PROGRÈS SOCIAL. Miam le progrès.

Parmi ceux qui ne bougent pas, les pouvoirs publics tiennent le haut du pavé. Surme… quoi? Burn… quoi? D’abord la loi Toubon n’a-t-elle pas interdit les mots anglais? J’ai cherché sur le site de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé je rappelle) si ce mal insidieux avait fait l’objet d’une préoccupation étatique: RIEN. Faut dire, déjà qu’ils s’en tamponnent pas mal du surmenage au travail tant qu’il n’y a pas trop de suicidés alors pensez donc, aller se préoccuper du surmenage de celles qui ne travaillent MÊME PAS TOUJOURS!! En cherchant bien, on finit par dégoter un truc sur les troubles émotionnels et psychiques du post partum. Comme si la question du surmenage maternel se résumait tout entière au post-partum immédiat. Vous avez accouché depuis plus de 6 mois? Bonne nouvelle, vous ne risquez plus rien! A la rigueur, notre ami Google nous sort deux trois trucs sur le surmenage des parents dont les enfants sont atteints de pathologies graves, diabètes, cancer, parce que eux quand même, ils ont de bonnes raisons de ne plus en pouvoir (ce qu’on imagine aisément, mais qui laisse quand même pas mal de monde sur le carreau).

Bon mais alors, je leur dis quoi moi aux copines qui du matin au soir se disent qu’elles doivent vraiment être complètement NULLES de ne pas s’en sortir avec leur nouveau né hurlant, leurs bambins fiévreux, et toutes les petites galères du quotidien? De ne pas réussir à être la mère souriante, heureuse, épanouie, qu’on voit sur les magazines, qu’on nous vend dans les films et série TV, comme semble réussir à être la voisine, l’ancienne copine de fac, la grand mère, qui s’en sort(ai)ent si bien ELLES.

Je leur dis “implique leur père, tu ne les as pas fait seule ces enfants!”. Parce c’est pas faux (même si les familles monoparentales sont aussi une réalité par trop niée), parce que c’est la seule issue et que ça marche, parfois. Je dis seulement “parfois” oui, parce que c’est pas facile de remettre en cause des siècles de patriarcat en quelques générations, parce que ça bouscule, parce que c’est pas naturel et que se battre, déconstruire les habitudes et en changer, c’est pas simple quand on n’a déjà plus l’énergie de se lever le matin. Parce que les habitudes reviennent au galop, parce qu’on peut pas dire à une jeune mère “ton mec ne veut pas se lever la nuit? T’as qu’à le quitter”. Alors on tricote, on négocie, on concilie et ça évolue, doucement. Trop doucement au regard de l’urgence de l’épuisement. D’autres leur disent “t’avais qu’à pas faire de mômes”, et c’est pas faux. Mais c’est un peu facile aussi. Pas besoin de réfléchir au problème, pas besoin de compassion, d’empathie, d’intelligence. Pas besoin de changer, pas besoin d’inventer. Le “tavékapa” est une panacée universelle en matière de politique: Tavékapa arrêter l’école, tavékapa fumer, tavékapa manger au fast food, tavékapa vivre en ville, je vous passe le reste. Je milite pour que chacune puisse faire ses choix et soit respectée quelqu’ils soient, pour qu’on fiche enfin la paix à celles qui ne veulent pas d’enfant et qu’on ouvre les yeux sur le quotidien de celles qui ont décidé d’en faire.

Car je vous le dis bien fort: nous sommes des menteuses, des menteuses de mères en filles même! Ma mère m’a menti, toutes les années où elle prétendu se moquer d’avoir le talon trop cuit du rosbeef, les biscuits éternellement cassés, où elle nous a donné sa glace sans sourciller parce que, finalement, on préférait le chocolat à la fraise. Toutes les années où elle a fini les assiettes tout en débarrassant la table parce qu’elle n’avait pas le temps de s’asseoir, les centaines de cafés réchauffés qu’elle a finalement bu froid parce qu’il le fallait bien. Son sourire quand mon père annonçait qu’il partait à l’autre bout du monde pour le boulot deux jours après en la laissant avec les mômes et les miasmes était un mensonge, son tendre empressement à repasser ses chemises et à les disposer dans la valise de façon à le prémunir d’une faute de goût aussi. Elle m’a caché ses larmes, ses crises de nerf, ses ras-le-bol, ses frustrations quand “prendre soin d’elle” était réduit à “aller aux réunions Weight Watchers” pour substituer à la tyrannie de ses enfants la tyrannie sociale, quand nous ne la laissions même pas déféquer en paix. Elle m’a menti chaque fois que je suis rentrée de l’école et que j’ai trouvé la maison propre, le repas chaud et appétissant sur la table, chaque fois que trempée de sueur dans l’insouciance d’une après midi passée au grand air, j’ai trouvé un gâteau tiède et du jus de fruit frais sur la table du jardin. Elle m’a menti quand, pour avancer sur ses projets, elle devait consentir à des nuits blanches. Elle m’a menti chaque fois que mon père nous emmenait à la plage et où elle se disait tellement heureuse de pouvoir “mettre la maison au clair” en shampouinant les moquettes et lessivant les volets.

Moi aussi je suis une menteuse. Chaque fois que je n’ai pas n’osé dire combien de fois je me lève la nuit, combien de temps cela fait que je n’ai pas dormi d’une traite, combien de temps cela fait que je n’ai pas mangé chez moi assise de l’entrée au dessert. Chaque fois que je n’ai pas osé dire à quel point la grossesse peut être un moment pourri, à quel point on peut se sentir malade, diminuée, impuissante, terrorisée aussi. Chaque fois que je n’ai pas osé dire que oui, un nouveau-né tète tout le temps, chie tout le temps, et grandit lentement. Très lentement. Qu’un petit enfant c’est tout le temps malade, et qu’on s’inquiète, et que ça tombe jamais au bon moment. Qu’un tout petit enfant, ça a tellement de choses à apprendre et d’idées dans la tête que chaque minute, ça réclame trois cent choses. Qu’un petit enfant, c’est une bombe émotionnelle, qui pleure puissance mille, se réjouit puissance mille et que, bon gré mal gré, c’est au parent d’encaisser. Chaque fois que je m’enferme dans ma chambre pour crier fort dans un coussin (parce qu’il ne faut déranger personne) d’épuisement, de rage, de désespoir, chaque fois où j’ai supplié mon nouveau-né d’arrêter de pleurer, mon enfant d’arrêter de me solliciter, mon ado d’arrêter de m’envoyer bouler. Chaque fois que je me suis réfugiée dans les toilettes parce que c’était la seule pièce de la maison avec un verrou fiable. Chaque fois que j’ai fait semblant d’avancer sur mes projets professionnels alors que je n’avais ni le temps ni la disponibilité pour le faire sereinement et efficacement. Chaque fois qu’après avoir amené mon bébé chez la nounou, je me suis assise sur les marches de la cage d’escalier pour pleurer un bon coup en entendant ses hurlements derrière la porte, avant de commencer ma deuxième journée.

J’aimerai vous dire que je suis une exception, mais ce n’est pas vrai. J’aimerai vous dire que c’était un mauvais moment à passer, mais ce n’est pas vrai. Grattez sous le vernis de celles qui vous disent qu’elles ne voient pas de quoi je parle, examinez les cernes, les mâchoires tendues, les colères ravalées, vous verrez les mères épuisées.

Pourquoi suis-je une menteuse? Pourquoi sommes toutes des menteuses? Parce que nous avons HONTE. Et pourquoi avons-nous honte? Parce qu’on nous a menti.

On nous a fait croire qu’il était matériellement POSSIBLE de s’occuper de ses enfants H24, de les faire manger bio et équilibré, et d’accommoder de façon ludique et gastronomique les trois mois hivernaux de choux de l’AMAP, de laver leurs couches home-made, d’avoir une maison impeccable avec des jouets rangés dans des bacs étiquetés façon promotion-de-l’autonomie-à-destination-des-non-lecteurs, d’être la première à la sortie d’école pour les emmener au square, de les exempter de cantine, de garderie du soir, de programmer des sorties au musée, d’organiser des activités manuelles les mercredis après midi, de construire soi-même du matériel éducatif Montessori, de les emmener à la piscine, faire du vélo, d’être toujours volontaire pour les sorties scolaires, toujours calme et sereine en toute circonstance, de participer à l’organisation de la kermesse de fin d’année, d’avoir toujours un gâteau de prêt pour les anniversaires et ventes au profit des classes vertes, de militer dans une association de défense des sans-papiers, de garder précieusement les emballages d’oeufs les pots de yaourt et les bouchons de lait, d’être membre du comité d’organisation de la semaine mondiale pour l’allaitement maternel, d’avoir un travail prenant (mais pas trop quand même) et passionnant, qui nous rend fière et nous épanouit, auquel on va en vélo jusqu’au dernier jour de sa grossesse, grâce auquel on gagne suffisamment d’argent pour payer les vacances en club, la maison bio-climatique et les stages de formation à la communication non-violente, pour lequel on passera en télétravail si -vraiment- on sent qu’on risque de ne plus être au top du top, sans oublier de faire son footing, d’aller au yoga, d’être bien pomponnée et épilée et bien entendu, de jouir au moins trois fois par semaine.

Et si EN PLUS on a la chance d’avoir un mec féministe, alors la honte est carrément abyssale. Alors quoi, il sort les poubelles, ne laisse pas traîner ses chaussettes sales, prend des journées enfant malade, est ok pour se mettre à temps partiel quand tu sors de congé maternité, s’occupe du linge, se lève la nuit quand les mômes appellent, sait laver les chiottes, maîtrise les pâtes bolo et engueule la CAF quand il t’appelle Mme Prénomdumari NomduMari et tu trouves encore le moyen de te plaindre??? Hé oui, parce qu’il reste tout le travail invisible du parent-par-défaut, celui que personne ne connait ni ne reconnait. Le PIRE de tous les mensonges. Le travail de celui qui calcule les dates des soldes pour savoir quand aller au Monop histoire de profiter de la 2ème démarque mais qu’il reste quand même quelques trucs mettables, celui qui passe et réceptionne les commandes de Noël, celui qui envoie les cartes de voeux et les cadeaux de naissance, celui qui va aux réunions de rentrées et aux rencontres parents-profs, celui qui achète et amène les paquets de mouchoirs quand l’école en demande, celui qui fait la queue pour l’inscription annuelle au judo, celui que l’école appelle quand le gamin s’est ouvert le front à la récré, celui qui s’inquiète pour le défaut d’élocution du petit, la douleur à la hanche du moyen, les angoisses du grand, celui qui vérifie que les vaccins sont à jour, que tout le monde a pris sa vitamine D, que tout le monde est allé chez le dentiste, celui qui réserve les vacances en gîte, qui emmène les enfants chez le coiffeur, celui qui inscrit à la bibliothèque et qui va ramener les livres à temps, celui qui vérifie les trousses, se tape les devoirs, regarde les classeurs pendant les vacances et signe les carnets de liaison, celui qui coupe les ongles et nettoie les oreilles, celui qui répond aux questions compliquées, qui écoute les journées difficiles. Celui qui, chaque soir avant de s’endormir, se repasse mentalement les besoins de sa tribu, et mesure l’étendue de ce qui lui reste à anticiper, programmer, inventer, solutionner.

Donc pour gérer les immanquables échecs que susciteraient cette tâche inhumaine, on nous a gentiment expliqué que le propre de la vie des femmes était de devoir faire des SACRIFICES. Restait juste à savoir ce qu’on accepterait de foutre en l’air. L’envie d’avoir des enfants? L’envie d’avoir un job? L’envie de donner à ses enfants un peu de cette vie d’insouciance et d’abondance qu’on a tellement fantasmé et dont parfois on a soi-même profité?

Alors oui, certaines arrivent malgré ces difficultés à survivre en rognant un peu, en gardant l’essentiel (LEUR essentiel!) même si ça tient souvent du numéro d’équilibriste: faire un peu moins d’enfants que rêvé, aménager un peu son job sans trop l’écorner, dire merde aux injonctions à la féminité, aux normes de la maternité, se donner le droit de se passionner, d’aimer, de détester, de vivre pour elle-même, d’accepter d’entendre dans “les enfants c’est merveilleux!” de leur mère ou de leur grand mère combien elles en ont bavé, à quel point elles ont parfois cru qu’elles n’en réchapperaient pas, faire le tri dans son désir de donner à son enfant ce qu’on n’a pas eu (ou de lui donner la chance qu’on a eu!) entre ce qui relève de leur essentiel (et qui structure leur identité de parent) et ce qui repose sur les mensonges des générations passées et mérite (peut être) d’être classé dans l’album photo au rayon des beaux (et illusoires) souvenirs d’enfance, accepter que d’autres qu’elles-mêmes satisfassent les besoins de leur enfant et de trouver ça chouette.

Et surtout surtout, arrêter de mentir, de cacher, de dissimuler. Arrêter de croire que l’idéal maternel ressemble à la Fée Bleue de Pinocchio toujours là pour consoler les peines et résoudre les problèmes les plus ardus sans effort. Que la honte change de camp: que les mères épuisées n’aient plus honte de ne pas réussir une tâche objectivement surhumaine mais que les pouvoirs publics aient honte de ses si nombreuses années à fermer les yeux sur la fatigue émotionnelle et physique des mères.*

*Vous reconnaîtrez sans doute le titre de l’excellent ouvrage de Violaine Guéritault, quasiment la seule référence française sur la question du burn-out et surmenage des mères.

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A la recherche du col [de l’utérus] perdu

Ce billet est une réédition d’un billet publié il y a fort fort longtemps sur feu mon tout premier blog (ou presque)…


 

Selon les scientifiques, à chaque partie de notre corps correspondrait une petite zone de notre cerveau…Toujours selon ces mêmes scientifiques, la taille relative de la zone correspondrait en gros à l’importance que celle-ci occupe dans nos activités quotidiennes [il paraît que la zone du pouce est hyyyypertrophiée chez les ados qui textotent à longueur de journées!!!!].

Moi, par exemple, je me souviens précisément du jour où dans mon cerveau, la case “UTERUS” s’est crée… J’étais enceinte de quelques semaines de mon aîné et j’allais me coucher quand la petite soeur de Mr Déjanté m’a demandé si je sentais déjà quelque chose… machinalement, j’ai porté mes mains à mon ventre est ai constaté que OUI, il y avait une sorte de petite boule (pas très agréable à tripoter d’ailleurs) tout au fond… sur le coup, je me suis dit “ben mince alors, j’imaginais pas que c’était si bas!!!!” et l’instant d’après, mon cerveau, qui jusque là était utérus-free, avait créé une nouvelle case…

En fait, il y a des tonnes et des tonnes de parties de notre corps qui (pour qui mène une vie sans encombre) ne possèdent aucune case dans notre cerveau…Je n’ai par exemple, aucune case “appendice” dans mon cerveau…contrairement à tous les petits veinards qui ont déjà vécu leur appendicite (sans façon pour moi, non non, n’insistez pas!!!)… en revanche, grâce aux mémorables otites qu’il m’a été donné de connaître étant enfant je possède une très jolie zone “tympan”, ce qui n’est finalement pas donné à tout le monde!!!

Outre le fait qu’on ne peut pas, décemment, souhaiter attraper toutes les maladies du monde au seul prétexte de l’EMPIRISME (et de l’élévation neuronale!!), il existe également des zones de notre corps dont le corps médical s’est unilatéralement approprié l’exclusivité de l’exploration…Le conduit auditif par exemple: tous les fabricants de coton-tige s’accordent à nous DÉCOURAGER de les introduire trop profondément pour mieux laisser nos ORL y plonger spéculum et autres aspirateurs (je parle même pas de ces parents hardis qui dans un moment de désespoir à l’idée de faire 2H de queue chez le médecin juste pour regarder le fond d’une oreille n’ont songé à acheter directement un otoscope) !!! Le rectum aussi, très bon exemple même si les adeptes du plaisir anal ont engagé une reconquête des plus respectables…On pourrait citer aussi les fosses nasales même leur exploration n’est pas sans risque (demandez à un enfant de trois ans qui vient d’y enfoncer un ou deux petits pois de vous en parler…)!!

Pour résumer, je dirais qu’il existe des tonnes et tonnes de parties de notre corps totalement inconnues de notre cerveau mais dont l’exploration nécessite, soit d’être malade, soit d’être kamikaze…

Et puis, il existe chez les femmes une zone de leur corps, qu’il n’est pas plus dangereux d’explorer que de se gratter le nez et qui pourtant ne possèdent souvent aucune place dans notre cerveau….comme par exemple:

Le col de l’utérus
 
Bon, quand je dis qu’il n’existe AUCUNE place dans le cerveau, j’exagère un peu… la majorité des femmes sentent une petite sensation tantôt émoustillante, tantôt désagréable (selon le moment du cycle) lors de rapports sexuels profonds… la majorité des femmes connaissent aussi la petite sensation de grattouillis du frottis (ou bien pire parfois aussi)… la majorité des mamans ou futures mamans ont aussi en souvenir les examens du col plus ou moins heureux qui émaillent bien souvent la grossesse et l’accouchement… et même si il nous est arrivé de SUPPLIER pour subir un de ces examens (surtout quand les contractions commencent à durer un peu trop…), je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils nous permettent de mieux nous connaître…
Vous me direz:
Quel besoin ai-je de tripoter mon col alors que je vivais très bien jusque là??? 
Pourquoi irais-je déflorer mon cerveau avec ce concept bizarre de col de l’utérus???
Et mon esprit déjanté de vous répondre:
1- PAR CURIOSITÉ SCIENTIFIQUE
2- Par lutte pour le droit des femmes patients à se réapproprier leur corps
J’ai donc, personnellement, pratiqué l’auto-observation du col de mon utérus principalement dans deux situations:
  1. Pour procréer: Très pratique pour repérer l’ovulation vu que le col se modifie légèrement pendant cette période. Globalement, il passe de dur et bien rond en début de cycle à plus mou et évasé pendant l’ovulation avant de redevenir d’abord plus dur immédiatement après l’ovulation et de se refermer peu à peu dans les jours qui suivent…Par contre pour NE PAS faire des bébés, c’est pas top DU TOUT… disons que il y en a qui ont essayé mais ils ont eu des problèmes (enfin UN très joli problème de 3,8 kg en particulier) D’une façon générale, ça permet d’avoir une indication sur le moment de son cycle, indication pas toujours utile ni utilisable mais c’est tellement agréable de se sentir familière (aussi) avec cette partie de soi-même.
  2. Pour savoir quand je vais pondre: Je ne parle pas vraiment de tripoter son col en cours de grossesse (quoique), ce qui n’est pas franchement dangereux quand on n’est pas en menace d’accouchement prématuré mais qui peut donner quelques contractions dont on se passerait bien mais de le regarder en fin de grossesse, genre à partir du jour où on ne craint plus l’accouchement prématuré… Pour apprendre, le mieux est de s’examiner juste avant d’aller à un rendez vous de suivi comme ça on peut faire coller ses observations avec celle de la sage-femme, on peut poursuivre cet examen de temps à autre pour guetter les modifications… ce qui fait que pour n°4, mon cher et tendre a appelé la sage femme en disant “ma femme est dilatée à 6” et qu’il avait raison!!!! Bref, ça évite aussi de se prendre un vieux coup au moral quand la sage-femme annonce “tout juste deux doigts” alors que ça fait 10 heures qu’on morfle..

Bon alors, je vous préviens tout de suite parce que je suis passée par là avant vous…

Si vous allez sur les forums de grossesse pour taper “auto-observation du col” on risque de vous prédire l’apocalypse…  [D’ici que juste avant de vous regarder le col vous ayez sorti les poubelles!!!]

Ce qui me fait dire qu’un bon lavage des mains devrait les rendre à peu près 1 000 000 000 de fois plus propres qu’un pénis modèle standard qu’on ne regarde pourtant pas avec autant de suspicion… Autre règle de sécurité de l’auto-observation, assez naturelle tout de même: si ça fait mal on s’arrête. Assez naturelle mais pas encore de mise dans tous les cabinets de gynécologie…

Si vous dites à votre gynéco que vous avez pratiqué l’auto-observation du col, alors là c’est non seulement l’apocalypse mais aussi la damnation éternelle (à visée purgative) à laquelle vous aurez droit. D’abord, parce que ce n’est rien de moins qu’un crime de lèse majesté de prétendre (surtout enceinte avec les neurones ramollis) que l’on peut empiéter sur son fantastique domaine de compétence… et ensuite parce qu’il ne s’agirait pas que ça se généralise et qu’il ait, en plus de son harassante besogne, à gérer les supputations fantaisistes de quelques baleines…
Je précise tout de même que la majorité des sages femmes à qui vous direz: “j’ai l’habitude de m’observer et là j’ai remarqué un changement” vous écouterons…
Bon alors, passons au plus rigolo :
LE TUTO “je trouve mon col”
Le mieux est évidemment de commencer quand on n’est pas enceinte et en dehors de l’ovulation…
Quand on se met sur le dos et qu’on explore avec les doigts en haut c’est très dur, c’est normal c’est l’os pubien en bas c’est plus mou, c’est normal c’est le rectum. Il faut continuer à avancer: lorsqu’on dépasse l’os pubien, en haut c’est un peu rugueux, mais ça devient mou, en bas c’est toujours aussi lisse et mou… Il faut encore continuer: il faut se dire que le col de l’utérus avance par rapport au fond de la cavité vaginale, ainsi si on suit consciencieusement les parois du vagin on tombe à côté.. bref, quand on est assez loin, il faut essayer de trouver quelque chose de dur et de rond, un peu comme le bout d’un nez… Parfois le col est plaqué contre la paroi parfois il est bien centré mais dans tous les cas, on peut en faire le tour (même si ce n’est pas toujours très agréable)…
Voilà, ben voilà, sur ces belles paroles, je vous laisse aux travaux pratiques… Sinon pour celles qui voudraient encore potasser encore la théorie avant de passer à la pratique je vous renvoie vers l’excellent billet de Poule Pondeuse.
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Charlie et moi

Il est 15H08. Je me suis donnée une heure pour écrire ce que j’avais en tête et qui tourne en boucle depuis trois jours. Je ne suis pas sûre d’y arriver. Il est vrai que ces dernières heures, tout le monde y est allé de son petit mot. J’en ai entendu certains critiquer cette débauche de texte, slogans bricolés et textes spirituels, il est vrai que tout le monde n’est pas Zola mais j’ai du respect pour cette façon finalement si saine de gérer ses émotions.

Je n’écris pas des choses importantes, ni pertinentes. J’écris parce que je me dis que ce sera mieux dehors que dedans. Je n’oblige personne à me lire.

Aujourd’hui, je suis triste. Triste pour des gens, pour des idées, pour des souvenirs.

Je pense à ceux qui ont été tués. J’ai lu ici et là: “regardez! des milliers de gens meurent loin de chez nous et tout le monde s’en fout!”. Et c’est vrai. Le monde est plein d’injustices, de malheurs effroyables, tellement d’horreurs, tellement nombreuses, qu’elles dépassent les capacités cognitives de mon cerveau à les embrasser tous d’un coup, à penser à tous et chacun. Je voudrais avoir le pouvoir d’empathie d’un Dalaï Lama pour ressentir dans chacun des atomes de mon corps la souffrance de ces milliards de corps et leur envoyer mon amour sans crouler sous le poids de ma peine. Mais je n’en suis pas capable. Je ne suis pas non plus capable de classer, d’ordonner, de comparer pour décider qui mérite le plus qu’on le pleure. Comme un être humain ordinaire, la mort de mon voisin m’émeut plus que celle de celui que je ne connais pas, il m’est plus aisé de défendre mes amis que mes ennemis, de m’indigner lorsque mes propres idées sont salies plutôt que celles qui me sont étrangères. J’ai envie de demander pardon de n’être qu’une humaine.

Je pense à ceux qui sont morts. A ces jeunes assassins, qui n’auront jamais l’occasion de réfléchir à ce qu’ils ont fait, jamais l’occasion de demander pardon, qui espéraient peut être trouver dans le sang la reconnaissance dont ils rêvaient. Eux qui espéraient mourir en martyrs et qui sont morts en criminels.

Je pense à ceux qui ne sont pas morts mais pour qui la vie s’est arrêtée. Les survivants des massacres, dont l’esprit doit ressasser et ressasser encore et encore les scènes qu’ils viennent de vivre avec toujours la même obsédante question: pourquoi pas moi? Je pense à leur famille et leurs amis et à tous ceux qui donneraient 20 ans de leur vie pour pouvoir revenir quelques heures en avant et infléchir même un tout petit peu ce scénario pourri de film catastrophe hollywoodien.

Je pense à cette liberté qu’on croit toujours tellement acquise pour toujours, à cette paix aussi qu’on pense inébranlable. Nous sommes beaucoup à être trop jeunes pour n’avoir connu que cela, et à faire, d’un raccourci de l’esprit, d’un impensé un impensable… Pas la liberté d’écraser l’autre, pas la liberté de le dominer, non: celle d’exister tel qu’on est, sans peur, sans honte, sans se cacher… et de se taire aussi pour permettre à d’autres d’exister tels qu’ils sont, sans peur, sans honte et sans se cacher. Pas la paix des vainqueurs, où se tapit la haine, le désir de vengeance et où se prépare la guerre, non: celle de la fraternité, de l’entraide, du respect.

Je pense à mes co-terriens juifs qui tremblent depuis la mort des leurs, je pense à mes co-terriens musulmans qui sont la cible de représailles immondes. Je pense à ma grand mère italo-tunisienne qui racontait des étoiles dans les yeux les quelques années du multiculturalisme joyeux qu’elle a eu la chance de connaître, où juifs, chrétiens et musulmans, s’entraidaient, festoyaient et pleuraient ensemble. A-t-elle rêvé? C’est possible. Mais si c’est un rêve, il est beau, et je veux faire le même pour mon pays. J’ai lu hier le récit d’un échange dans un train où un homme est soudain venu déclarer sa flamme pour les “orientaux” à un inconnu marocain pour le moins interloqué. Les réactions étaient sévères: “Quel dingue! Mais enfin, le Maroc n’est pas un pays “oriental”! Mais de quoi se mêle-t-il cet imbécile!”. C’est vrai, cet homme était un ignorant au comportement enfiévré par les scènes populaires autour du “Je suis Charlie”. C’est vrai, il reste tant à faire pour que les gens arrêtent de penser que tous les arabes sont musulmans, que l’Afrique est un pays, ou que tuer les gens à la Kalachnikov est une religion. Mais je suis persuadée qu’il y a à la base de ces réactions naïves, déplacées, exaspérantes, quelque chose qui parle de l’envie de comprendre l’autre, de lui témoigner son soutien et son indignation, quelque chose dont on n’a plus loisir de se priver (même s’il convient de le faire évoluer) en ces temps où la haine gagne du terrain chaque jour. Hier encore, je lisais le récit d’une maman musulmane s’étant fait prendre à parti dans une salle d’attente de médecin avec son enfant sur le thème “c’est à cause des gens comme vous que tout cela arrive…”. J’ai peur en lisant ça, j’ai peur et j’ai mal à ma France. Le temps est fini où on pouvait regarder consciencieusement ses chaussures avec honte en attendant la fin de l’orage, nous avons le devoir d’exprimer publiquement notre désapprobation, nous avons le devoir de protéger nos co-terriens. Pas parce que nous sommes meilleurs qu’eux, ni plus forts, juste parce qu’aujourd’hui-là-maintenant, nous sommes moins en danger qu’eux et que notre silence vaudra approbation.

Je pense à ce journal qui a été tué. C’est vrai qu’il était déjà à l’agonie. C’est vrai que je ne l’achetais plus depuis longtemps. Je ne “suis” pas vraiment Charlie, mais je l’ai été. Il y a longtemps. Ils ont accompagné mes premiers voyages d’adolescente, quand la liberté consistait à s’asseoir sur un énorme sac de voyage dans une gare déserte de campagne, en crapotant des Camel, un sarouel puant l’encens aux fesses et des fleurs dans les cheveux. J’aimais déceler les regards outrés des mamies du compartiment, lorsque je sortais la feuille de chou couverte de zizis. J’aimais déceler leurs regards encore plus incrédules lorsqu’au bout d’une heure je la remplaçais par d’autres lectures plus sages. J’aimais être là où on ne m’attendait pas. J’aimais clamer ni dieu ni maître. J’aimais l’idée qu’on pouvait faire (un peu) changer le monde avec un crayon, caricaturer mes profs ayant probablement été la chose la plus salvatrice et constructrice que j’ai pu faire en prépa…

Je pense à ces marches qui se préparent et à celles qui ont déjà commencé. Je pense à ces politicards qui s’y sont invités sans demander l’autorisation de personne, confisquant au peuple ses idéaux, son énergie et jusqu’à son existence. Je pense à ceux qui se demandent si ces mouvements leur ressemblent, ou pas. S’ils veulent y prêter leurs pas, ou pas. Ils savent déjà que cela ne changera rien à rien, ni à la liberté de la presse, ni à la montée du racisme, et c’est vrai. Mais peut être est-ce comme une douche chaude après un chagrin d’amour, une grosse barre de chocolat, un truc inutile mais qui permet de se réchauffer le corps et le coeur pour continuer encore un peu…?

Tout à l’heure dans le métro, j’ai entendu deux jeunes femmes discuter à propos de ces marches: “tu crois qu’il y aura des stands pour acheter des tee-shirts “Je suis Charlie”?” demandait l’une. “Oh moi, je vais y aller habillée tout en noir, c’est trop clââââsse” répondait l’autre avant de se raviser “ou alors je mets juste un brassard noir, comme dans les séries TV?“. Sur twitter, dans ces cas là, on met le hashtag  #facepalm et j’étais pas loin de le faire en vrai.

Et puis au final, je crois que c’est ça une société. Des gens qu’on trouve beaufs, superficiels, ou complètement prise de tête, des gens qui nous ressemblent, d’autres qui ne nous ressemblent pas, des gens de toutes les couleurs, qui pensent des tas de trucs qu’on ne comprend pas toujours, qu’on ne connait pas toujours. Des gens qu’on trouve bêtes, moches, effrayants, d’autres qui nous fascinent, nous éclairent, nous guident. D’autres encore qui nous piquent au vif, nous font réagir, nous interpellent. D’autre enfin qui nous mettent en colère. Mais où à un moment, on se dit qu’on va quand même pouvoir vivre ensemble, sans forcément se rouler des pelles tous les matins, parfois même en débattant, s’opposant, mais avec respect, bienveillance, ouverture et avec la certitude sereine que leurs innombrables différences n’enlèveront rien à notre propre singularité. Le chemin est long mais je veux y croire.

Liberté, égalité, fraternité

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#PayeTaJeunesse

Twitter est un monde merveilleux. Je le pense réellement.

D’abord, il permet de s’entourer facilement de gens avec qui on a – comme dirait ma mère – des atomes crochus. C’est à dire qu’au lieu d’avoir à choisir ses copains de comptoir parmi les 1000 âmes de son village, les 30 parents d’élèves de la classe de son gosse ou ses 10 collègues de travail ben on peut aussi les choisir parmi des millions de connectés. Ce qui fait qu’aussi bizarre soit-on, on trouve toujours aussi bizarre que soi (je parle évidemment en connaissance de cause).

L’autre truc chouette aussi est que twitter nous permet d’interagir avec des gens qu’on n’aurait probablement jamais rencontrés in real life. Si personnellement je ne recherche pas vraiment les interactions avec des célébrités, je suis en revanche très intéressée par les twittos qui communiquent sur le quotidien de leur pratique professionnelle. Et je ne suis pas la seule! Considérons par exemple les 150 000 followers de l’avocat @maitre_eolas , les 15 000 followers de la médecin @Jaddo_fr ou encore les 30 000 followers de @MsieurLeProf. En tweetant leurs “pratiques ordinaires”, ils contribuent selon moi mieux que pourraient le faire n’importe quel reportage journalistique à faire appréhender au quidam le quotidien, les difficultés, les coups de coeur et coups de rage de ces professions encore assez largement réservées à l’élite intellectuelle. Mais nous savons depuis Schrödinger que même la plus discrète des observations a des répercutions sur la situation, ce d’autant plus qu’il a été prouvé que nous n’étions pas vraiment capables de garder à l’esprit la présence de plus d’une centaine de contacts (ne me demandez pas la référence, je n’ai pas réussi à la retrouver… et ce n’est pas vraiment le sujet).

Résumons: des professionnels parlent publiquement de leur pratique quotidienne, parfois avec des confrères et parfois pas. Sauf que c’est dur pour eux de distinguer l’un et l’autre dans la multitude des interactions, et de garder à l’esprit qui lit quoi. Mais c’est aussi ça qui fait l’intérêt du truc, c’est ça qui nous permet d’appréhender un peu l’envers du décor, d’interpeller en tant qu’usager quand cet envers nous choque (Hé là, Mr Le Chirurgien surmené, on n’est pas que de la barbaque!), mais aussi de compatir et prendre conscience que ces métiers ne sont pas tous les jours faciles…

Aujourd’hui justement, je voulais vous parler de cet “envers du décor” qui personnellement m’a choquée, en tant que femme de prof, en tant que parent, et en tant qu’adulte aussi. L’échange ci-dessous n’est là qu’à titre d’illustration (je prie donc Monsieur Le Prof de bien vouloir m’excuser de le prendre comme exemple de mon propos), car les propos rapportés sont – vous vous en rendrez compte – d’une immense banalité.

 

Prof

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Quel regard portons-nous sur ceux qui nous succéderont pour ressentir ce désir de contrôle absolu, cet impératif de domination, cette pulsion d’agressivité?

Je vous vois déjà protester “elle exagère!”, alors je vais nous faire gagner du temps en répondant déjà à un certain nombre d’arguments qui seront probablement avancés pour justifier une banalisation de ce type de positionnement…

  • 1- Mais enfin, c’était juste pour RIRE!

Il y a beaucoup de débats depuis quelques années sur le thème “a-t-on le droit de rire de tout?”. Les uns appelant au respect des catégories opprimées (comme de par hasard, très souvent choisies comme cible de “l’humour”), les autres criant à la censure. Personnellement, j’en suis arrivée à la conclusion suivante: dis moi de qui/quoi tu te moques, je te dirai qui tu es. C’est à dire en clair: qu’est-ce que notre blague dit de nous, de notre rapport à l’autre, de nos craintes, de nos douleurs et de nos espoirs. Je n’irai pas plus loin, il appartient à chacun de faire cet examen de conscience.

Autre petit exercice utile face à une blague: le changement de personnages. Par exemple: si quelqu’un fait une blague sur les gros/les noirs/les belges, demandez-vous comment cette blague serait accueillie si elle portait sur les minces/les blancs/les français. Je vais donc vous proposer quelques variantes de la blague initiale.

Une mère dit à son enfant: “tu peux mettre la table?”. L’enfant répond: Maman, on dit “s’il te plait”. ->> “tu veux que je le dise avant ou après t’avoir mis une taloche?”

Un médecin dit à sa patiente: “veuillez prendre place pour l’examen”. La patiente répond: “Docteur, l’examen n’est pas nécessaire pour la prescription de la contraception orale que je demande”. ->> “Et ben ta contraception, tu te la mettras comme le spéculum: où je pense”.

C’est toujours aussi hilarant? Oui? Passons au point suivant alors.

  • 2- On n’a pas le droit de taper les élèves, mais on a le droit d’en avoir très envie.

Juridiquement, c’est vrai. On pourrait même fomenter en pensée un génocide d’élèves que ça ne poserait pas problème. La question n’est pas de savoir si c’est autorisé, la question est de savoir si c’est souhaitable du point de vue de la relation éducative.

En tant que parent, je suis très attentive à ce sentiment d’agressivité qu’on peut éprouver vis à vis de ses enfants lorsqu’on est exténué-e. J’y suis très attentive car je sais que c’est un des signes d’appel du burn-out (pour lequel les profs, tout comme les parents, et bien d’autres activités, sont particulièrement à risque). Interpréter la moindre demande/manifestation de l’enfant dont on est responsable comme une agression et avoir envie d’y répondre avec agressivité est un signe qui devrait alerter tout parent, et plus généralement tout éducateur.

Pour mémoire, je vous renvoie au test MBI qui permet d’évaluer le risque de Burn-out. Parmi les caractéristiques psychologiques des personnes en situation de burn out imminent, on peut lire (en remplaçant évidemment “patient” par “élève”):

La « dépersonnalisation » (ou perte d’empathie) : plutôt une « déshumanisation » dans les rapports interpersonnels. La notion de détachement est excessive, conduisant au cynisme avec attitudes négatives à l’égard des patients ou des collègues, sentiment de culpabilité, évitement des contacts sociaux et replie sur soi-même. Le professionnel bloque l’empathie qu’il peut montrer à l’égard de ses patients et/ou de ses collègues.

Je pense donc que les parents d’élèves (et la société toute entière) gagneraient à revendiquer une médecine du travail digne de ce nom pour les enseignants, afin que celle-ci puisse prendre à bras le corps le problème colossal et trop longtemps négligé (voir même amplifié ces dernières années: voir en particulier les déplorables conditions de travail des enseignants en zones dites “sensibles” ainsi que celles des TZR) de la souffrance au travail et du surmenage.

  • 3- Cet élève là, il ne voulait pas juste faire la preuve de sa connaissance, il voulait HUMILIER son prof. C’est une provocation!

Donc là, on est bien d’accord qu’on a complètement perdu de vue l’objectif de FINITUDE de la relation éducative? On est bien d’accord qu’on enseigne/éduque un enfant pour qu’un jour il n’ait PLUS BESOIN de notre présence? Qu’on devrait tirer de la fierté à l’idée que l’élève dépasse son maître? Mais vous allez me dire que ça ce n’est valable que pour les grands élèves, que les petits ont d’abord besoin d’apprendre avant de contester. Je ne suis pas entièrement d’accord (car on ne devient pas adulte dans le courant de la nuit de son 18ème anniversaire, on le prépare depuis l’enfance…) mais admettons.

Quoiqu’il en soit: que leur apprend-on en disant cela? Que celui qui sait gouverne? Que celui qui ne sait pas doit se soumettre? Que c’est perdre la face que de se tromper? Que plus encore que de se tromper, RECONNAÎTRE ses erreurs est une déchéance?

A-t-on oublié que le seul mode d’apprentissage absolument garanti (même quand ça ne nous arrange pas) est l’imitation? Que le plus infime de nos comportements aura toujours plus d’impact que la plus appuyée de nos paroles?

  • 4- Non mais tu n’as aucune idée du type d’élèves qu’on a à gérer. Ils n’ont aucun cadre, aucune éducation! Ils ne respectent plus les adultes!

Il est vrai que l’idée de la “jeunesse qui ne respecte plus rien” associée à celle du “niveau qui baisse” a plutôt bonne presse ces temps-ci…. sauf que ce n’est pas très nouveau. Ça date même de…. l’Antiquité (au moins!).

Je ne résiste donc pas à l’envie de vous remettre le (maintenant assez célèbre) extrait de La République de Platon, où celui-ci met les mots suivants dans la bouche de Socrate (vous noterez au passage que l’infect Zemmour n’a pas inventé la poudre):

…le père s’habitue à devoir traiter son fils d’égal à égal et à craindre ses enfants, le fils s’égale à son père, n’a plus honte de rien et ne craint plus ses parents, parce qu’il veut être libre ; le métèque s’égale au citoyen et le citoyen au métèque, et la même chose pour l’étranger.
C’est bien ce qui se passe, dit-il.
À tout cela, dis-je, s’ajoutent encore ces petits inconvénients : le professeur, dans un tel cas, craint ses élèves et les flatte, les élèves n’ont cure de leurs professeurs, pas plus que de tous ceux qui s’occupent d’eux ; et, pour tout dire, les jeunes imitent les anciens et s’opposent violemment à eux en paroles et en actes, tandis que les anciens, s’abaissant au niveau des jeunes, se gavent de bouffonneries et de plaisanteries, imitant les jeunes pour ne pas paraître désagréables et despotiques. Source

Sur la question du niveau qui baisse, je vous renvoie à l’historien Claude Lelièvre qui nous montre que cela fait déjà plus de 100 ans qu’on considère que le bac est un diplôme en décrépitude bradé à un sombre tas d’ignorants:

1881 :”Nous voudrions simplement rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d’orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes. Elle désire aussi que les aspirants au baccalauréat ne fassent pas prononcer par Bossuet ses oraisons funèbres à la cour de Henri IV, ni prêcher la première croisade par Claude Bernard” (Gaffarel, doyen de la faculté des lettres de Clermont). 

1899: “J’estime que les trois quarts des bacheliers ne savent pas l’orthographe” (Victor Bérard, maître de conférences à la Sorbonne) 

1929: “Les candidats n’ont ni orthographe, ni vocabulaire exact et varié, ni connaissance grammaticale, ni analyse logique, ni méthode d’exposition écrite ou orale” (Paul Lemonnier, “La Crise de la culture littéraire”) 

1956: “La décadence est réelle, elle n’est pas une chimère: il est banal de trouver vingt fautes d’orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales. Le désarroi de l’école ne date réellement que de la IV° République” (Noël Deska, “Un gâchis qui défie les réformes: l’enseignement secondaire”) Source

Que des outils manquent aux professeurs pour gérer les conflits dans leur classe, je n’en doute pas une minute! La CNV (ou Communication Non Violente) me semble un ensemble de techniques auxquelles il serait bien utile de former les enseignants (qui à leur tour pourrait transmettre ces compétences interpersonnelles à leurs élèves), une proposition de loi avait d’ailleurs été déposée dans ce sens en 2011.

Que des enseignants enseignent parfois dans des conditions à la limite du supportable (ou même dans des conditions carrément insupportables) j’en constate chaque jour les ravages chez mes amis et connaissances. Mais dans les deux cas, ce ne sont pas aux élèves de faire les frais des manquements du système.

Pour conclure, je dirai un mot des réactions que le tweet que je rapporte a suscité: globalement tout le monde, semble approuver la blague de Monsieur Le Prof. Certains (on ne le voit pas sur ma capture d’écran) parlent des élèves comme de “p’tits cons” et l’un se permet même des remarques agressives à connotation sexuelle. On n’a pourtant pas affaire ici à une clique d’enseignants au bout du rouleau!

Comment peut-on, à l’heure où on s’interroge sur l’impact des violences éducatives ordinaires, à l’heure où on dénonce les violences médicales ordinaires, considérer encore de la sorte la relation éducateur-élève? Quand accepterons-nous enfin de faire une place aux enfants et aux jeunes sans se sentir menacé de ce partage de territoire (matériel et symbolique)? Faudra-t-il des témoignages en masse d’élèves brimés assortis d’un hashtag #payetajeunesse pour que quelqu’un réagisse? 

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Pour bien commencer

Pas encore trois années jupitériennes, mère de 5 (enfants oui), passionnée des questions d’éducation/parentalité, créatrice des Vendredis Intellos (www.lesvendredisintellos.com), je cherche encore ce que je veux faire quand je serai grande. On m’a tellement dit que j’étais déjantée que j’ai décidé d’assumer.

Avant, j’avais un “blog de maman”. Mais ça c’était avant. Maintenant, mes enfants ne suffisent plus à servir d’excuse à mes soliloques. Si vous voulez y participer, c’est toujours un plaisir de discuter.

BONNE LECTURE!

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